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Avis du Panel développement durable du groupe EDF

Experts indépendants dans les domaines de la santé, l’environnement, l’éthique, la responsabilité sociétale et les politiques publiques, l’économie, la technologie, l’innovation et la gestion des entreprises nous sommes réunis dans le Panel Développement Durable.

Sans chercher à aligner nos points de vue sur une seule opinion nous partageons tous un engagement profond pour le développement durable. Nous répétons donc notre jugement de 2009 : « il faut des progrès impressionnants et plus vite ! »

Bien que, par rapport aux versions antérieures, le rapport 2010 contienne plus de détails sur les Neuf Engagements du Groupe EDF, cette foule d’indicateurs de performance nous présente le même bilan mitigé : d’un côté : des améliorations continues et fiables de la faible radioactivité rejetée dans l’air et l’eau ou touchant les employés, de l’autre : une mauvaise dérive des indicateurs d’impact majeur comme les rejets de gaz carbonique, de méthane et de déchets conventionnels et l‘usage d’eau de refroidissement. Egalement trop d’employés – 15 – sont morts à la suite de chutes ou d’accidents de véhicules.

Il est habituel d’extrapoler les performances à venir sur la base des tendances récentes. Il est donc normal d’insister sur des progrès enfin à la mesure des engagements. Il sera de plus en plus difficile de combler les écarts.

Sécurité et environnement sont les domaines les plus faciles à mesurer et suivre. Dans d’autres domaines comme l’accès à l’énergie pour les démunis, la protection de la biodiversité autour des installations, l’éthique au travail et des pratiques commerciales, le développement des employés et de leur carrière, le Groupe EDF présente des programmes convaincants.

Au cours de 2010 notre Panel s’est concentré sur les enjeux climatiques, l’efficacité énergétique et la réduction de la demande et la compétitivité de l’énergie nucléaire. Les rapports de chaque session sont lisibles sur "Les enjeux sociaux du développement durable

Nous avons recommandé un objectif ambitieux de réduction des émissions de gaz carbonique pour l’ensemble du Groupe, au moins à la hauteur de l’intention de l’Union Européenne de les réduire de manière continue « jusqu’à la fin des carburants fossiles ».

Il se réaliserait par un abandon du charbon en production et une stratégie de réduction, par l’efficacité énergétique, de la demande des clients. Commercialiser ces services d’efficacité énergétique est à la fois une question de volonté et de créativité car une approche profitable exigera des mutations culturelles à plusieurs niveaux. Il faudra, en particulier, libérer les prix du kWh, trop bas aujourd’hui pour stimuler l’efficacité. Mais il faudra aussi préserver par des tarifs sociaux les clients les plus démunis.

EDF est connu pour ses actions en faveur du renouveau du nucléaire comme énergie dé-carbonée de base pour la production d’électricité. Présentées au Panel en Mai 2010 les prédictions de coût n’étaient qu’à peine meilleures que celles du gaz pénalisé par un prix de carbone ou de l’éolien terrestre. Ces prédictions doivent être en outre corrigées par l’impact des délais et dépassements de budget annoncés pour le chantier de l’EPR-Flamanville. Le coût du nucléaire est très sensible au temps de construction, au prix des matériaux et à la surprime de risque sur le capital. L’ensemble de ces paramètres ne peut que surenchérir le coût du kWh.
L’accident de fusion au cœur des réacteurs et des piscines de stockage Glossaire stockage Le stockage consiste à placer les colis de déchets radioactifs dans une installation assurant leur gestion à long terme, c’est-à-dire dans des conditions propres à assurer la sûreté et à maîtriser les risques dans la durée.de la centrale de TEPCO à Fukushima met fin à la croyance selon laquelle  les meilleurs ingénieurs soient en mesure de contenir une défaillance brutale d’installations soigneusement conçues. Investir dans le nucléaire devient un pari encore plus risqué ; seuls des gouvernements et non les marchés financiers pourront l’assumer et, désormais, en affrontant les doutes renforcés de leurs citoyens.

La faveur du public va vers les énergies alternatives. L’hydraulique, le solaire thermique à concentration, le photovoltaïque, l’éolien terrestre et marin, la biomasse et bientôt l’hydraulien marin évoluent tous à divers stades de décroissance du coût du kWh. Mais leur variabilité exige une approche systémique qui intègre des capacités massives de stockage Glossaire stockage Le stockage consiste à placer les colis de déchets radioactifs dans une installation assurant leur gestion à long terme, c’est-à-dire dans des conditions propres à assurer la sûreté et à maîtriser les risques dans la durée.– hydraulique, thermique ou chimique - ainsi que des fonctionnalités étendues dans toutes les ramifications du réseau de distributionGlossaire réseau de distributionEn aval du réseau de transport, les réseaux de distribution, à moyenne et basse tension, desservent les clients finals (particuliers, collectivités, PME, PMI)..

Ce système reste un énorme maillon manquant. Il ne peut pourtant être négligé dans un développement cohérent et des prévisions de coût total des énergies alternatives et donc de leur prix aux consommateurs.

Certes, elles seront chères mais, avec l’efficacité énergétique, elles sont les alternatives les plus désirables pour assurer la sécurité énergétique et la réduction des risques écologiques.

Le Groupe EDF, bien établi dans la production hydraulique, reste un nouveau venu dans les autres formes renouvelables avec seulement 2,5% de sa capacité de production. Mais il leur consacre enfin autant de capital qu’au nucléaire. Elles peuvent donc avoir un impact grâce à leur grand avantage de temps d’achèvement.

Il reste que les ressources dédiées à la recherche et au développement ne sont pas à la mesure de l’enjeu du système énergétique de demain.

Eparpillées sur de multiples fronts elles semblent confirmer cette fatalité que les grosses entreprises réussissent rarement à produire les innovations révolutionnaires. Pourtant qui, mieux qu’EDF, pourrait prendre cette place encore vide de l’architecte-intégrateur-opérateur d’un système énergétique du futur fondé sur les renouvelables ?            

Dans le cadre des objectifs européens de réduction de carbone et en cette période de profonde incertitude, globalement, autour de l’énergie, le Groupe EDF pourrait voir l’énorme potentiel de prendre l’initiative et développer un modèle de production électrique d’avenir, y compris une offre d’efficacité énergétique profitable. Réaliser cette ambition devrait être une des plus hautes priorités du Groupe.



Claude Fussler
President, International Sustainable Development Panel

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